Comment estimer la difficulté d’une randonnée ? (Partie 2)

Une fois la distance totale, le dénivelé positif, le dénivelé négatif et l’altitude recueillis (détaillés dans la Partie 1 de l’article), il reste encore de nombreux éléments qui influencent la difficulté d’une randonnée :

  • la technicité du sentier : La difficulté varie considérablement selon le type de terrain. Par exemple, un sentier large, plat et composé d’un sol forestier confortable sera moins exigeant qu’un sentier très technique avec des pierriers, des via ferrata ou des zones exposées au vide. Un sol granuleux composé de petites pierres, comme ceux que l’on trouve en Provence ou dans les Dolomites en Italie, est plus instable. Les petits cailloux sous vos chaussures peuvent rouler, augmentant le risque de perte d’équilibre, notamment lors de descentes techniques. Cette instabilité rend chaque appui plus difficile pour vos genoux, chevilles et pieds. Cette différence, bien que minime à chaque pas, devient significative au bout de quelques heures de randonnée.
Un sentier technique en Italie.
  • Les conditions météorologiques jouent un rôle crucial dans la sécurité et le confort lors d’une randonnée. La pluie, en particulier, peut transformer une sortie agréable en une expérience éprouvante. Il peut y avoir bien sûr du positif, si vous aimez randonner sous la pluie ou si par exemple il fait très chaud, la pluie vous rafraichira et les nuages vous apporteront de l’ombre. Mais un randonneur expérimenté se méfiera de la pluie dans des conditions froides pour le risque d’être trempé et d’être en hypothermie si les températures baissent brutalement sans que l’on puisse se réchauffer. Les fortes pluies peuvent entraîner des crues soudaines des cours d’eau, rendant certains passages impraticables et augmentant le risque d’inondation. Un terrain glissant est aussi beaucoup plus dangereux et requiert plus de précaution pour chaque appui sur le sol. Les roches et les racines d’arbres mouillées peuvent être particulièrement traîtresses. En forêt, cela peut entraîner des entorses de la cheville, et sur des sentiers techniques en montagne, une chute peut vous précipiter dans un ravin si vous ne faites pas attention à chaque pas. Les bourrasques de vent peuvent aussi être un challenge. Elles rendent l’avancement plus difficile, génèrent un bruit assourdissant et compliquent la communication au sein du groupe. De plus, installer une tente par grand vent n’est pas toujours évident, et le risque de l’endommager augmente, ce qui peut avoir de lourdes conséquences, notamment lors de treks hivernaux. Il est également essentiel de rester vigilant face aux chutes de branches. Un violent orage pourra avoir des conséquences dramatiques. Il est donc impératif de se renseigner sur les conditions météorologiques et de savoir comment réagir en cas d’imprévu.
Orage pendant une randonnée.
  • la luminosité : La luminosité joue un rôle crucial dans la randonnée, notamment lors des retours de nuit ou en cas de conditions de faible éclairage. Marcher dans l’obscurité ou avec une lampe frontale peut être physiquement et mentalement éprouvant, car cela exige une concentration accrue sur le sentier et peut altérer la perception du temps et de l’environnement.
Une lampe frontale est indispensable pour randonner de nuit.
  • le poids du sac à dos : plus le sac est lourd, plus l’effort sera difficile, et ce encore plus sur terrain technique avec fort dénivelé cumulé. Pour débuter, commencez par de courtes randonnées d’une journée avec un sac à dos technique de 20, 30 ou 40 litres maximum. Visez un poids de 5 à 7 kg pour le sac. Observez comment votre corps réagit à ce poids. Ensuite, lors de randonnées légèrement plus longues, augmentez progressivement le poids de votre sac et évaluez la réaction de vos articulations. À mesure que vous progressez vers des bivouacs et des treks en autonomie, le poids de votre sac augmentera. Plus vous randonnerez dans différentes conditions, plus vous connaitrez vos zones de confort et vos limites. Faire votre sac à dos deviendra une deuxième nature et vous saurez quoi prendre pour différents types de randonnées. Cela vous permettra d’anticiper davantage la difficulté d’une randonnée, et automatiquement vous la rendrez moins difficile pour votre corps en ayant ces réflexes.
Randonner avec son enfant dans un porte-bébé rajoute du poids et donc de la difficulté.
  • les autres personnes du groupe : Lorsque vous randonnez en groupe, il est essentiel d’adapter le rythme à la personne la plus lente afin de garantir la sécurité et le confort de tous. Cela peut signifier ralentir votre propre allure, ce qui peut être inconfortable et potentiellement plus fatigant. Cependant, il est important de se rappeler que l’objectif principal est de maintenir la cohésion du groupe et de s’assurer que chaque membre puisse profiter de l’expérience en toute sécurité.
Randonner à plusieurs nécessite une bonne communication et entre-aide.

Assurer le bien-être de chaque membre du groupe et instaurer un dialogue en cas d’imprévu n’est pas toujours simple. Cela nécessite une vigilance constante et peut engendrer une fatigue supplémentaire.

  • votre condition physique : Une bonne condition physique est presque indispensable pour pratiquer régulièrement de grandes randonnées. Un point que je souligne toujours à mes clients en magasin, c’est que chaque personne est différente et possède son propre historique médical. Certains problèmes physiques ou mentaux peuvent être plus ou moins handicapants, et il est essentiel de bien vous connaître avant d’entreprendre une randonnée qui vous semble un peu trop difficile. Certaines personnes sont claustrophobes, d’autres ont subi plusieurs opérations à la cheville, tandis que d’autres n’ont jamais eu de problème de santé depuis l’enfance. Certains ont du mal à respirer en haute altitude, d’autres supportent mal la chaleur ou le froid, certains souffrent de douleurs dorsales, et d’autres encore ont du mal à gérer un imprévu sur le plan mental. C’est pourquoi, quel que soit le niveau de difficulté supposé d’une randonnée, vous devez toujours prendre en compte votre propre condition physique. Prenez le temps de vous entraîner et de tester progressivement vos capacités. Cela ne signifie pas qu’il faut renoncer à viser des objectifs ambitieux ! La randonnée est un excellent moyen de retrouver la forme et de se forger un mental solide pour dépasser ses limites. Cependant, c’est en apprenant à mieux vous connaître que vous pourrez évaluer la difficulté d’une randonnée avec plus de justesse. Certaines personnes ignorent qu’elles ont une capacité exceptionnelle à se surpasser, et ce n’est qu’en s’entraînant qu’elles le découvriront. D’autres, malgré des années de randonnée, ne chercheront jamais à repousser leurs limites et préféreront des randonnées plus tranquilles, et c’est très bien ainsi ! Personne ne vous jugera : chacun évolue à son propre rythme. Et s’il y a bien un endroit où l’entraide et l’humilité sont de mise, loin de toute stigmatisation, c’est sur les sentiers de randonnée !
  • votre forme physique au moment de la randonnée : Au-delà de votre condition physique générale, le contexte dans lequel vous allez randonner aura un impact considérable sur votre capacité à réaliser la randonnée sans difficulté majeure. Posez-vous les bonnes questions :
  • Êtes-vous en forme cette semaine ?
  • Avez-vous été malade récemment ?
  • Êtes-vous habitué(e) à cette altitude ou à ce climat ?
  • Venez-vous de faire 15 heures de bus juste avant de commencer votre randonnée ? Si oui, comment vont réagir vos jambes ? (Spoiler : mal).
Si vous venez de faire 15h de bus, vous ne serez pas dans des conditions idéales pour être en forme pour votre randonnée.

Toutes ces variables influencent votre endurance et votre ressenti pendant l’effort. Prenez-les en compte pour adapter votre itinéraire et optimiser votre expérience sur les sentiers.

Comment mieux connaître son niveau ?

Si vous voulez aller plus loin pour comparer les randonnées et avoir une meilleure estimation de la difficulté selon vous, il existe plusieurs méthodes :

  • la première est de tout simplement faire un compte-rendu à chaque fin de randonnée : Vous pouvez noter la distance totale, le dénivelé cumulé positif, le dénivelé cumulé négatif et le temps de marche (en enlevant les pauses) ainsi que ce qui vous a plu ou ce qui vous a mis en difficulté (obstacles, sensations, imprévus etc). Avec le temps et l’expérience vous aurez intuitivement une idée de la difficulté d’un itinéraire.
  • La deuxième est de calculer sa vitesse de marche. Il faut la calculer sur du plat, en montée et en descente. Cela vous donnera une idée du temps de marche potentiel pour toutes vos randonnées (il suffit de diviser l’itinéraire en sections plat, montée ou descente).

– Un randonneur débutant et peu entrainé a une vitesse de marche comprise entre 2 à 3 km/h.

– Un randonneur intermédiaire a une vitesse de marche comprise entre 3 et 4 km/h.

– Un randonneur expérimenté et en bonne condition physique aura une moyenne supérieure à 4 km/h.

Sur du plat, un randonneur habitué et en bonne forme mettra donc 10 à 15 minutes pour effectuer 1 km.

Il vaut mieux compter large si vous ne connaissez pas votre vitesse précise. 15 à 25 minutes est une bonne fourchette pour la plupart des gens.

En montée et descente, on parle davantage de mètre par heure (m/h).

L’Indice IBP, qui évalue l’effort physique a employé pour faire une randonnée, selon différents types de profils de randonneurs : pas du tout entrainés/sportifs (« prep. physique « très basse ») jusqu’à excellente condition physique/grands sportifs (= prep. physique « très haute »).

En France, la Fédération Française de Randonnée Pédestre a mise au point un système de cotation des randonnées pédestres. Les critères sont :

Le système de cotation fédéral repose sur trois critères et l’échelle de niveau de difficulté des randonnées pour chacun des trois critères va de 1 à 5 ; 5 étant le plus difficile. :

  1. L’effort (système de calcul IBP index/ FFRandonnée)
  2. La technicité (présence ou non d’obstacles plus ou moins importants)
  3. Le risque (gravité plus ou moins importante des accidents corporels en cas de chutes ou glissades)
Le système de cotation de la FFRandonnée.

Le risque zéro n’existe pas. Randonner, c’est accepter qu’il y a toujours une part d’incertitude (catastrophe naturelle, accident). Cependant, en étant conscient des différents risques et en préparant soigneusement votre itinéraire à l’avance, vous limitez ces risques et augmentez vos chances de savoir réagir en cas d’imprévu.

La conjugaison de ces 3 critères permet d’avoir une meilleure idée de la difficulté d’une rando, avec des critères concrets, en plus des autres critères variables évoqués précédemment : le poids du sac à dos, votre expérience et condition physique, les conditions météorologiques, etc.

Prendre le temps de lire quelques avis sur les forums de randonnée, sur Google Maps ou sur des blogs vous donnera une meilleure idée de ce à quoi vous attendre.

Randonner doit être un plaisir !

L’objectif est avant tout d’apprécier vos randonnées et de partir sereinement, sans appréhension. Si vous préférez être encadré(e) et ne souhaitez pas prendre de décisions seul(e), orientez-vous vers des randonnées organisées.

Mais que vous partiez en solo, avec vos proches ou dans un groupe, ne soyez-pas dépendant de la condition physique, des choix ou du matériel des autres.

Partir sereinement sur les sentiers en famille, en ayant conscience des difficultés.

Acceptez cette part d’imprévu. On ne peut pas tout planifier, mais il est possible, avec les bons réflexes, de limiter fortement les risques. Cela permet de partir l’esprit tranquille, et avec le temps et l’expérience, ces réflexes viendront naturellement !


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