Comment estimer la difficulté d’une randonnée ? (Partie 1)

Comme nous l’avons expliqué dans l’article « Comment choisir une randonnée », plusieurs éléments peuvent faciliter le choix de votre prochaine aventure. Ces facteurs sont interdépendants.

En général, vous ne choisirez pas un endroit au hasard pour partir en randonnée sans avoir au moins une idée de la difficulté qui vous attend. Une fois le lieu choisi, vous pourrez toujours opter pour un itinéraire plutôt qu’un autre, en fonction de votre condition physique et de votre estimation de la difficulté du parcours.

Au départ, vous faites donc des suppositions et retenez une ou plusieurs options.

Une fois le lieu où randonner choisi (ici, dans les alentours de Cortina d’Ampezzo, dans les dolomites, en Italie), il faut faire un choix parmi les nombreux itinéraires possibles.

Un plan B est toujours bon à avoir, et dans le cas d’un voyage sur plusieurs jours avec plusieurs randonnées à la journée, vous choisirez certainement plusieurs itinéraires.

Vous pourrez toujours revenir sur votre choix de départ et changer d’itinéraire, voire même de lieu de vacances si rien ne vous semble adéquate par rapport à vos envies, votre estimation de la difficulté, ou la faisabilité de cet itinéraire selon vos limitations (temps, argent, accessibilité, etc.).

Pour prendre l’exemple d’un randonneur qui pratique depuis seulement un an et qui a une condition physique normale voire un peu limitée : si cette personne décide de partir en Patagonie pour voir le Mont Fitz Roy, elle découvrira en recherchant sur Internet qu’il existe plusieurs sentiers de randonnée (et je ne parle pas même pas de la possibilité de randonner off-trail, hors-sentier en français, mais c’est aussi une autre option, si autorisée).

En regroupant les différentes informations (et en ayant le réflexe de multiplier les sources pour chaque donnée !), cette personne se rendra peut-être vite compte qu’une randonnée depuis la petite ville d’El Chaltén jusqu’au Mirador de los Cóndores semble relativement accessible, et elle offre un joli point de vue sur le Fitz Roy et le Cerro Torre. À l’inverse, le sentier Laguna de los Tres, qui mène encore plus près du Fitz Roy, parait trop difficile et cette personne l’éliminera de sa liste de souhaits.

Le sentier Laguna de los Tres, en rouge, long de 13 km (soit 26 km aller-retour) et le sentier Mirador Cóndores (en bas à droite), long de 1,3 km (2,6 km aller-retour) qui offrent tous les deux une vue sur le Fitz Roy et le Cerro Torre.

Mais donc concrètement quelles données doivent être retenues ?

En reprenant l’exemple ci-dessus ainsi que d’autres cas, je vais vous expliquer la démarche à suivre pour évaluer la difficulté d’une randonnée.

Gardez à l’esprit qu’il ne s’agit que d’une estimation. Vous aurez une idée plus précise de la difficulté une fois que vous aurez réellement parcouru l’itinéraire. Et même après cela, nous verrons que de nombreux facteurs peuvent faire évoluer cette estimation au fil du temps. Par exemple, un changement de votre condition physique, un sac à dos nettement plus lourd que lors de votre première randonnée, ou encore des conditions météorologiques différentes peuvent considérablement modifier votre perception de la difficulté.

Pour évaluer la difficulté d’un itinéraire de randonnée, la distance et le dénivelé sont les critères principaux.

La distance totale

Plus la distance sera longue, plus vous serez fatigués, et plus il faudra penser à emporter les bonnes réserves d’eau et de nourriture.

Plus vous ferez de randonnées, plus vous serez capable d’estimer le temps nécessaire pour parcourir une certaine distance, en fonction des différents dénivelés.

Example d’une randonnée à Preikestolen dans les fjords de Norvège, 7,7km pour la distance totale (aller-retour).

Si votre randonnée revient à son point de départ, il est important de comprendre que vous devrez parcourir la même distance au retour. Le comprendre est simple, mais adapter la planification de sa randonnée en conséquence est bien plus compliqué pour de nombreuses personnes. Nous avons tous, un jour, sous-estimé la longueur d’une randonnée et nous sommes retrouvés exténués sur le chemin du retour.

La clé, quand on débute, c’est d’y aller progressivement : commencer par une petite rando sur du plat, puis s’aventurer sur des sentiers un peu plus techniques avec davantage de dénivelé. Avec le temps, vous développerez une meilleure estimation du temps et de l’effort nécessaires pour parcourir différentes distances selon le type de terrain. Vous apprendrez aussi à mieux cerner ce qui vous plaît ou non.

Le dénivelé cumulé positif et négatif :

Une randonnée dans le sud des Carpathes, en Roumanie, près d’Orşova, avec le profil altimétrique.

Le dénivelé est la différence d’altitude entre deux points géographiques.

Il existe trois principaux termes à définir :

Le dénivelé global d’une randonnée correspond à la différence d’altitude entre votre point de départ et votre point d’arrivée.

Par exemple, si vous partez de 800 m et vous atteignez 1500 m, vous avez un dénivelé global de 1500 – 800 = +700 m. Si le résultat est positif, on parle de dénivelé positif ; s’il est négatif, on parle de dénivelé négatif.

Le problème du dénivelé global est qu’il ne reflète pas toujours l’effort réel fourni. En effet, vous pourriez très bien avoir un dénivelé global de 0 m entre votre point de départ et votre point d’arrivée, tout en traversant deux grandes montées et deux grandes descentes, qui ne seraient pas prises en compte dans ce calcul.

Ce chiffre est donc, selon moi, peu pertinent, car quel que soit le résultat obtenu, il ne donne pas une indication fiable sur la difficulté réelle de la randonnée.

Une randonnée qui mène jusqu’au camp de base de Nanga Parbat, au Pakistan. Le dénivelé global, le dénivelé positif cumulé et le dénivelé négatif cumulé sont indiqués sur la droite.

Prenons l’exemple suivant : vous avez regardé des documentaires sur l’alpinisme au Pakistan et vous rêvez de voir de vos propres yeux le Nanga Parbat, neuvième plus haut sommet du monde (8 126 m) et 2ème plus grande hauteur de culminance au monde, avec 4600m sur la face Rupal.

En regardant quels sentiers existent autour du Nanga Parbat, vous notez un sentier qui relie Feary Meadows, un complexe touristique avec hôtels, situé après le village de Tattu, au camp de base du Nanga Parbat. En quelques clics, vous pouvez obtenir le dénivelé global de cette randonnée. Parfois les données sont indiquées en miles et en feet, ce qui nécessite une conversion .

La randonnée jusqu’au camp de base fait environ 8 km. Elle commence à une altitude d’environ 10836 ft (3300m) et le point le plus haut atteint 13048 ft (3977m).

D’après plusieurs sites internet, la rando prend environ 8 heures.

Revenons à la notion de dénivelé : dans ce cas précis, vous disposez de deux informations utiles.
D’une part, vous savez que vous allez randonner pendant plusieurs heures à une moyenne de 3 500 mètres d’altitude.
D’autre part, vous connaissez désormais le dénivelé positif et négatif de l’aller : +2 418 ft (737 m) et -246 ft (75 m) puisqu’ils sont indiqués.

Avec une proéminence de 4600m, la face nord du Nanga Parbat découragerait même Michael Jordan.

Le dénivelé total correspond au cumul des montées et des descentes que vous devrez parcourir.

Ce chiffre permet d’avoir instantanément une idée du profil altimétrique (ou profil d’élévation) de votre randonnée : plus il est élevé, plus le parcours comportera de montées, de descentes, ou les deux, et moins il y aura de portions plates.

Les deux seuls éléments les plus importants à prendre en compte sont le dénivelé cumulé positif et le dénivelé cumulé négatif. Avec ces deux chiffres, vous obtenez une vision claire du profil altimétrique de votre randonnée.

  • Le dénivelé cumulé positif est l’addition de toutes les montées lors de votre itinéraire.
  • Le dénivelé cumulé négatif est l’addition de toutes les descentes lors de votre itinéraire.

Pourquoi préférer ces deux chiffres séparément plutôt que le dénivelé total ?

Toute personne ayant randonné au moins quelques fois en montagne sait que les difficultés en montée et en descente ne sont pas les mêmes. Il ne s’agit pas de dire que l’une est plus difficile que l’autre, car cela dépend de chacun. Cependant, une chose est certaine : en montée comme en descente, les articulations, la respiration et l’attention ne sont pas sollicitées de la même manière.

Le corps est bien plus sollicité sur les pentes raides, qu’il s’agisse de montées ou de descentes, que sur des portions plates.

En résumé, plus le dénivelé cumulé positif et le dénivelé cumulé négatif sont élevés, plus votre randonnée sera exigeante – du moins en ce qui concerne le dénivelé, car d’autres facteurs entrent en jeu pour évaluer la difficulté d’une randonnée.

Un randonneur lors de l’ascension d’un col sous la neige.

Il est important de se rappeler que la plupart des itinéraires disponibles sur Internet ne mentionnent que l’aller. Pour estimer correctement la distance totale, ainsi que le dénivelé cumulé positif et négatif, il faut également prendre en compte le retour. Le dénivelé cumulé positif à l’aller est rarement identique à celui du retour et ne peut pas être simplement inversé. Les chiffres obtenus pour l’aller et le retour sont souvent bien différents.

Ainsi, sauf rares exceptions, le dénivelé positif et négatif ne sera pas le même à l’aller et au retour.

Pour obtenir ces deux éléments essentiels – la distance totale et le dénivelé cumulé positif et négatif – il est indispensable de connaître l’itinéraire exact, aussi appelé tracé.

Lorsque l’on a peu d’expérience en randonnée, il peut être utile de s’inspirer des sites spécialisés proposant des itinéraires déjà établis pour choisir son parcours. C’est le cas par exemple d’Openrunner, Alltrails, VisoRando, Strava, etc.

Suggestions de randonnées dans le Parc national Paparoa, en Nouvelle-Zélande.

En consultant le descriptif, les données de base et les avis, vous aurez déjà une bonne idée du type de randonnée proposé. La plupart de ces sites offrent des fichiers GPX à télécharger (Strava, OpenRunner, VisoRando, IGNrando, Wikiloc). Ces fichiers contiennent le tracé de la randonnée, que vous pouvez importer dans votre logiciel de randonnée (Garmin Basecamp) ou application mobile ou GPS de randonnée/montre GPS pour suivre l’itinéraire.

Avec ce tracé importé sur votre carte topographique, vous pourrez suivre votre progression en temps réel.

Vous pouvez aussi créer votre propre tracé, que ce soit à la main, sur internet ou sur un logiciel.

Rien ne vous empêchera de modifier ce tracé si vous vous rendez compte qu’il est plus difficile que vous ne le pensiez avant d’avoir calculé le dénivelé positif et négatif ou la distance totale de cet itinéraire.

En général, c’est avec le temps et l’expérience que vous créerez vos propres itinéraires. L’avantage de concevoir son propre parcours est que vous vous imposez encore moins de limites : vous pourrez, par exemple, choisir de faire des parties hors sentiers (off-trail, si bien sûr autorisé là où vous allez), opter pour un itinéraire qui se rapproche au maximum des points d’eau, choisir un itinéraire plus long, moins fréquenté ou qui évite les zones urbaines.

Création d’une trace off-trail (en rouge) en complément d’un sentier existant (en vert), sur les hauteurs de Narvik, en Norvège.

Le troisième facteur essentiel pour évaluer la difficulté d’une randonnée est l’altitude.

À mesure que l’on s’élève, le corps doit fournir davantage d’efforts pour accomplir les mêmes tâches qu’en basse altitude, en raison de la raréfaction de l’air. Généralement, ces effets commencent à se faire sentir au-dessus de 2 500 mètres. Les symptômes peuvent inclure une respiration plus laborieuse, une fréquence cardiaque accrue, des maux de tête, des étourdissements, des troubles du sommeil et une perte d’appétit.

Si ces symptômes persistent et ne s’améliorent pas, il s’agit probablement d’un mal aigu des montagnes (MAM). Dans ce cas, la seule solution efficace est de redescendre à une altitude inférieure.

En outre, bien que l’entraînement physique améliore l’endurance et la capacité à gérer les dénivelés, il n’élimine pas les risques liés à l’altitude. La seule méthode efficace pour prévenir le MAM reste l’acclimatation progressive et, en cas de symptômes, la descente à une altitude inférieure.

En résumé, renseignez-vous sur l’altitude de votre itinéraire, planifiez des ascensions progressives et soyez attentif aux signes de votre corps pour garantir une randonnée en toute sécurité.

Randonnée avec chevaux dans les montagnes péruviennes.

Ces données sont mesurables et constituent une base solide pour déterminer la difficulté d’une randonnée. Elles sont constantes et s’appliquent à tous, c’est pourquoi je les qualifie d’invariables.

Une fois ces informations recueillies, il reste encore de nombreux éléments qui influencent la difficulté d’une randonnée : la technicité du sentier, les conditions météorologiques, la luminosité, le poids du sac à dos, les autres personnes du groupe, votre condition physique générale et votre condition physique le jour du départ.

Je détaille ces éléments dans la Partie 2 de l’article.


  • Photo 5 : wikiloc.com
  • Photo 6 : Imrankhakwani + Michael Jordan
  • Photo 7 : pexels.com
  • Photo 8 : alltrails.com
  • Photo 9 : Garmin Basecamp
  • Photo 10 : pexels.com /antropologo-en-ruta

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