Comment choisir une randonnée ? (Partie 1)

L’une des choses qui semblent les plus difficiles pour beaucoup de gens qui débutent en randonnée est de choisir un itinéraire. Pour cela il faut savoir estimer la difficulté d’une randonnée, ce que nous verrons dans un prochain article, mais aussi, et avant tout, savoir se connaître. Cet article se concentre plus spécifiquement sur la partie en amont du processus de réflexion, c’est-à-dire tout ce qui entoure le choix de la randonnée (le lieu, les questions à se poser etc.).

Où randonner ?

La première chose à faire est assez simple, mais redoutée des indécis : choisir où l’on veut randonner.

Est-ce que vous voulez faire une randonnée près de chez vous, accessible à pied ? Prendre les transports en commun ? Prendre la voiture, le bus, voire l’avion ?

Exemple d’une randonnée entre les villes de Tavatui et Neivo-Rudyanka, à 50 km de Lekaterinbourg, Russie.

Chacun aura ses préférences, qui peuvent aussi varier selon les périodes de l’année, ses disponibilités, ses convictions écologiques, ses préférences quand au climat ou même à la météo, etc.

Pour les débutants qui n’ont a priori pas un grand intérêt pour la marche, je constate souvent qu’il faut quelque chose qui sorte de l’ordinaire pour qu’ils commencent à apprécier les bienfaits de la randonnée, comme par exemple une randonnée lors de vacances dans une autre région ou à l’étranger, surtout pour les jeunes. Selon les personnes, avec l’âge et l’expérience, on est souvent plus enclin à marcher près de chez soi de façon régulière (tout en n’excluant pas les excursions plus lointaines lorsque cela est possible).

Chaque individu est différent, et c’est pourquoi il est important de vous écouter. Certains sont très observateurs et s’émerveillent des petites choses qu’ils remarquent lors de leurs randonnées quotidiennes autour de chez eux, tandis que d’autres trouveraient cela ennuyeux au possible.

Certains adorent marcher pour le plaisir de prendre l’air, de se mettre en rythme, de mettre l’accent sur leur santé et de se libérer du stress quotidien. D’autres ont besoin d’observer les oiseaux ou les différentes plantes qu’ils croisent sur leur chemin. D’autres sont passionnés d’architecture et d’histoire, et s’arrêteront fréquemment pour lire des panneaux de signalisation d’intérêt culturel, contempler un vestige, etc. Certains randonnent pour toutes ces raisons à la fois.

Nos préférences ne sont jamais fixes dans le temps et varient également selon les lieux où l’on randonne.

Le choix de vos randonnées en dit long sur votre personnalité. Certains ont besoin de randonner en groupe, sur des sentiers très fréquentés, car ils aiment ces interactions avec les autres. À l’opposé, certains font tout pour éviter de croiser des personnes et estiment que cela leur permet de mieux se connecter avec la nature. Certains randonnent de façon régulière, d’autres ne le font que quelques fois par an, par choix ou par défaut. Certains aiment les randonnées bien définies et courtes, tandis que d’autres aiment s’aventurer sur de longues randonnées à l’étranger.

Pour résumer, j’utilise inconsciemment ces éléments pour faire un choix lorsque j’ai décidé de partir en randonnée :

  • Préférences : seul ou accompagné, avec ou sans interaction s, etc.
  • Temps disponible : estimation du nombre d’heures (ou de jours) disponibles pour ma randonnée.
  • Accessibilité : accès rapide ou non, pratique ou non, complexe ou non.
  • Intérêts : qu’ai-j’ai envie de voir, qu’est-ce que je n’ai pas envie d’éprouver etc.
Idée de randonnée près d’Aix-en-Provence, avec vue sur le massif Sainte-Victoire, France.

Ces éléments sont envisagés avant même de connaître quoi que ce soit sur le type de randonnée, mais les deux sont étroitement liés. Si l’on veut faire une randonnée en montagne, on sait qu’il y a plus de chance d’avoir des sentiers plus techniques, ou avec davantage de dénivelé, etc.

Et, encore une fois, selon chaque personne et selon le contexte, c’est un cheminement de pensée qui peut prendre 2 minutes comme plusieurs heures. Les plus indécis auront besoin de la confirmation d’un partenaire ou d’un proche pour faire un choix. Mais avoir le réflexe d’y penser, ne serait-ce que quelques instants, est selon moi primordial. Ces réflexes deviennent une seconde nature en prenant de l’expérience.

L’expérience.

L’expérience aide à comprendre ce que nous voulons et ce que nous maîtrisons ou non. Quelqu’un avec beaucoup d’expérience n’aura pas forcément moins de risques de se retrouver dans des situations inhabituelles ou dangereuses, spécialement si cette personne voyage et randonne souvent et aime cette part d’imprévu dans ses randonnées et treks, car cela augmentera la fréquence d’exposition au risque. Cependant, cette expérience l’aidera à prendre des décisions plus réfléchies dans les situations les plus imprévisibles. Savoir se débrouiller dans des situations inédites est un art qui n’est pas donné à tout le monde. Et comme tout art, on peut avoir des prédispositions, mais la pratique est essentielle pour essayer, se tromper, recommencer, s’améliorer, se questionner et s’élever.

Randonner en totale itinérance, sans (trop) prévoir et en allant où le vent nous mène est en théorie faisable pour la grande majorité des individus, puisqu’il suffit de marcher. Mais sans expérience et connaissances, les risques augmentent fortement : risque d’échec par rapport à nos attentes, risque d’accident, etc.

Deux randonneurs en montagne.

C’est pourquoi la plupart des gens qui font de longues et difficiles randonnées (ou de très longs treks) ont souvent :

  • des années d’expérience à leur actif,
  • une soif de découverte sans limite,
  • une capacité d’adaptation impressionnante (qui découle aussi de l’expérience),
  • une capacité à analyser rapidement différents type de terrains et environnements,
  • la capacité de se poser les bonnes questions (Y-a-t-il des cours d’eau dans les environs de ma rando ? Quel plan B en cas de blessure ? Est-ce que j’ai apporté les accessoires qui font la différence en cas d’imprévu ? Etc.),
  • un certain courage,
  • une certaine folie.

Ne rien planifier du tout est, selon moi, uniquement acceptable et admirable pour une personne qui décide de prendre la route et de vivre en totale itinérance. Cette personne s’adaptera à ce qu’elle trouvera, prendra un autre chemin si elle ne peut pas continuer sur le premier, et ainsi de suite. Ces personnes sont souvent très conscientes des défis et risques, du choix qu’elles ont fait, et elles sont souvent très respectueuses de leur environnement, toujours changeant car elles sont en mouvement. Elle ne font qu’un avec la nature et une dimension spirituelle est souvent très présente dans leur périple.

Si vous débutez, vous pouvez compenser ce manque d’expérience par une planification plus poussée afin de limiter les risques et d’apprécier davantage votre excursion.

Prendre des informations.

Il y a bien plus de gens qu’on ne pourrait le croire qui choisissent, volontairement ou par pure ignorance, de ne prendre aucune information sur les randonnées qu’ils vont parcourir. Ce sont souvent des personnes avec peu ou pas d’expérience, mais cela n’exclut pas pour autant certains randonneurs aguerris, peut-être trop sûrs d’eux.

On se retrouve alors avec des situations qui peuvent vite tourner à la catastrophe, avec une multitude de conséquences auxquelles les personnes impliquées n’auraient jamais pensé avant de choisir cette randonnée, comme, par exemple :

  • un risque élevé de blessure pour le protagoniste, les personnes qui l’accompagnent s’il y en a, voire d’autres randonneurs qui passeront par le même itinéraire,
  • les secours qui seront peut-être sollicités pour une alerte non-urgente, ce qui fait perdre du temps, de l’argent et de l’énergie au détriment de situations réellement dangereuses nécessitant l’aide immédiate des secours,
  • des conséquence sur les milieux naturels. Exemple : la personne n’a pas du tout cherché à estimer la durée totale de sa randonnée, elle se retrouve fatiguée, dans le noir, n’avait pas prévu de prendre un réchaud et décide, en urgence, de faire un feu de camp bien que cela soit interdit dans le parc naturel où elle se trouve (ce qu’elle avait aussi ignoré). Cela peut entraîner, le jour suivant, un feu de forêt, mettant en danger la vie d’autres personnes et ayant potentiellement des conséquences sur la faune et la flore, et ce, sur plusieurs dizaines d’années, tout cela à cause de l’ignorance et de l’égoïsme d’une seule personne.

Il est donc important, à mon sens, de rappeler que dans la nature, nous avons des droits et des devoirs, comme en société. L’erreur est humaine, mais nous sommes responsables de nos actes. C’est à nous de nous renseigner sur ce qui est autorisé ou non dans l’endroit où nous allons, et plus encore, c’est à nous de nous questionner sur la portée de nos actions dans des écosystèmes fragiles, sans connaître forcément toutes les règles imposées, mais aussi pour nous, nos proches et la nature. Dans le doute, on ne fait pas. On randonne en étant conscient à la fois de n’être qu’un parmi des dizaines, des centaines, des milliers ou des millions de personnes qui emprunteront ce chemin, de n’être que de passage dans un écosystème qui sera là pendant encore des millions d’années (humilité), tout en prenant conscience que ces écosystèmes fragiles sont menacés si ces comportements irresponsables sont répétés par dizaine de milliers.

Exemple du site internet officiel du Pacific Crest Trail qui regorge d’informations utiles.

Se renseigner, c’est faire preuve d’humilité et de respect vis-à-vis des populations et des milieux dans lesquels nous voyageons, aux échelles locale, nationale et internationale.

Celui qui randonne doit être conscient de tout cela.

Mais où met-on la jauge ? Certains se renseignent dans les moindres détails afin d’avoir une planification parfaite et une idée quasiment exacte de ce qui les attend. D’autres apprécient une part d’incertitude et de découverte, et se focaliseront simplement sur les éléments essentiels afin d’avoir une idée globale de la difficulté de la randonnée, quitte à prendre un autre itinéraire en cours de chemin.

En général, avec le temps et l’expérience, on se connait davantage et on est plus à même de choisir rapidement ces éléments. Dans le doute, avec ou sans expérience (mais encore plus si l’on n’a pas d’expérience), il faut choisir sa randonnée en prenant le temps de comprendre ses caractéristiques.


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